La Géorgie

Où qu’c’est t’y donc ça comme pays ? La Géorgie est en plein Caucase, au nord-est de la Turquie. Sur son aile droite, on trouve l’Azerbaïdjan et l’Arménie, sur son aile gauche, la mer noire et au nord, la Russie. Le pays est pris entre deux chaines de montagne. Au nord le grand Caucase, qui le sépare de la Russie et au sud le petit Caucase. Il y a en Géorgie, 3 régions autonomes. L’Adjarie au Sud Est, qui est depuis 2004 en bonne entente avec le gouvernement central, l’Abkasie au Nord Ouest et l’Ossetie du Sud au Nord. Ces deux dernières régions se sont soulevées et on prit leur indépendance en Août 2008, soutenues par l’armée russe contre l’état central géorgien (qui s’est prit une grosse branlée en quelques jours). Aujourd’hui il est donc difficile et déconseillé d’aller dans ces deux régions bien que cela semble tout à fait faisable. En entrant dans ce pays depuis la Turquie, on passe clairement d’un monde à un autre. Du monde musulman au monde russe. Ici, tous les plus de 30 ans parlent le russe, la vodka et le vin blanc coulent à flot dès le matin et on ne nous arrête plus au bord de la route pour boire un thé mais pour s’enfiler un shot de vodka !

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Le visa pour l’Azerbaïdjan

15 km après avoir franchi la frontière turco-géorgienne, nous voici donc à Batumi pour le visa azéri. On avait des infos comme quoi il s’obtenait facilement dans cette ville mais à ce point… Rien de plus facile donc. Se pointer au consulat à 10 h le matin avec 2 photos d’identité et 150 Lari en poche (75 €). Sur place ils te filent le formulaire que tu remplis dans la foulée (pas de question piège, ils se foutent que tu aies une invit ou pas) et 3h plus tard tu as ton visa. En allant au consulat pour nos visas, on est tombé sur Boris !

Architecture communiste

 Boris

Boris est un Slovène de 35 ans avec 40000 Km au compteur de son vélo. Sur son visa, on trouve à peu prêt tous les pays d’Eurasie exceptés ceux d’Asie Centrale dans lesquels il compte se rendre pour ce voyage. On trouve également tous les pays qui lui empêcheront à jamais d’aller un jour aux état Unis :

Irak, Pakistan, Iran, Lybie, Syrie.

Pour vous donner une idée du bonhomme, c’est le genre de mec qui le jour du 11/09/2001 se trouvait dans un bus de nuit au Pakistan en direction de Peshawar. Un pakistanais l’avait regardé et lui avait dit : « New York n’existe plus ! ». On va sans doute aller jusqu’au Kazakhstan avec lui, on a le même programme. C’est une mine d’informations sur tous les pays russophones et c’est donc bien agréable de voyager en sa compagnie. On peut grâce à lui communiquer plus facilement avec ce monde qui ne parle pas un mot d’anglais.

Ils jouent 2 fois plus vite que nous

Waro et toute sa clic !

Après avoir récupéré nos visas, on décide de passer une autre nuit à Batumi et de partir le lendemain matin. On retourne donc à l’hôtel, Boris nous accompagne et se prend lui aussi une chambre. Alors que nous terminions de réparer mon dérailleur qui commence à donner des signes de fatigue, 3 molosses commencent à nous taper la causette dans un anglais un peu approximatif mais compréhensible. Visiblement ils ont très envie de nous inviter à boire un coup et à manger. On hésite un peu et finalement, on se lance. Ok ! On se retrouve à 7 (dont 3 pesant plus du quintal) dans la voiture de Waro et on file au resto qui heureusement est à 500 m. En quelques minutes la table se trouve remplie de plats géorgiens, de bière, de vodka et de jus. Entre parenthèses, les plats géorgiens sont franchement délicieux et ridiculement bon marché, c’est un vrai bonheur. En Géorgie, on ne sirote pas son verre comme ça tranquillement en discutant. Non. Avant de boire, il est indispensable de porter un toast. Ensuite on boit une grosse rasade et si tu veux te faire des potes, tu le bois cul sec. Durant cette soirée on aura donc bu, à la Géorgie, à la France, à la Slovénie, aux femmes, à la province d’Adjara, au futur, à moi, à Anne, à la femme de Waro et j’en oublie. La technique pour ne pas finir sous la table est de boire de toutes petites petites gorgées. Bref on s’est franchement bien marré, on a dansé sur des chants géorgiens et Waro a pété je ne sais combien de verres après les avoir bu cul sec. Pour vous donner une idée des mafieux que c’était, j’ai demandé à Waro son job… Il me sort une carte… Le mec bosse au ministère des affaires internes de Géorgie ! C’est donc surement l’état géorgien qui nous a payé à manger ce soir-là !

Traversée de la région d’Adjarie

Le lendemain de cette soirée mémorable on décanille vers les 10 h. En route pour les montagnes de l’Adjarie. Nous ne savons pas trop quel sera l’état de la route. On remonte tranquillement une vallée verdoyante pendant toute la journée sur un asphalte finalement assez bon. Le temps finit par partir en sucette et la pluie nous cueille en fin d’après midi.

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Posés sous un abri bus en train d’échafauder un plan pour la nuit, une camionnette passe, s’arrête et fait marche arrière jusqu’à notre niveau. Le chauffeur nous fait comprendre qu’on peut dormir chez lui. Ok ! On fourgue les vélos à l’arrière et s’est parti pour 20 km de supplice pour nos montures. Je l’ai assez mauvaise contre notre chauffeur qui conduit comme un âne sur une route qui n’en est désormais plus une . On finit par arriver chez lui. Une ferme paumée dans les montagnes d’Adjara. En descendant de la camionette, on tombe nez à nez sur le chien de la maison. Ma foi, selon ma définition, ce n’est pas un chien. Ça ressemble plus aux bestioles qu’on voit dans la savane dans les documentaires d’Arte…

Le genre de chien qu'on trouve ici

Il y a dans la ferme, la maman, la fille (19 ans) et le garçon (13 ans). Il se trouve que ce soir là, c’est repas de famille. L’oncle, les cousins, le grand père… On a pas tout  compris qui était qui mais bon. Vers 21h, après quelques parties de backgammon, on s’assied autour d’une table débordante de plats divers. Les femmes et les enfants ne mangent pas avec nous. Et la valse des verres (de pinard cette fois) commence. On toast encore une fois à à peu près tout. Certains toasts sont plus solennels comme celui pour lequel on doit tous se mettre debout et boire en souvenir du grand père décédé. A la fin du repas, le paternel appelle le gamin, l’installe à coté de lui, remplit son verre de pinard et l’invite à toaster. Très étrange… Le gamin sifflera pas moins de 5-6 verres de pinard (à contrecœur visiblement). Il y a clairement une véritable culture de la picole dans ce pays. Très souvent les premiers mots qu’on nous adresse sont « vodka » « vodka » et plus souvent encore, pas besoin de mot, un simple petit grattement du cou juste en dessous de l’oreille avec l’index invite à boire un verre de vodka. Tout le monde connait ce geste ici.

Repas de famille dans les montagnes

Le lendemain au réveil, il pleut. On passera la journée à manger, boire des cafés autour du feu, jouer au backgammon, bricoler les vélos etc… En fin de journée, Nunu, la cousine de 17 ans arrive. Elle parle un anglais correct qui nous ravit. On peut enfin communiquer plus facilement. On échappera à la séance des toasts ce soir-là, le chef de famille ayant un problème avec le camion et devant donc dormir dans un village de l’autre coté du col.

Pour notre deuxième réveil dans la ferme, grand beau ! On se met rapidement en route pour franchir le col à plus de 2000 m après des au revoir encore une fois pleins d’émotion.  La piste est moyenne voire pourrie par endroits à cause des nids de poule. Après 3 heures à 5-6 km/h, on passe le col et on bascule de l’autre coté quittant en même temps la région d’Adjara.

On retrouve la neige

La route pour Tbilisi

Après une centaine de km, on gagne la route pour Tbilisi. Cette route, l’axe principal du pays, est très fréquentée par les camions venant de Turquie mais également d’Iran. En effet, en raison des tensions entre l’Arménie et l’Iran, ces derniers ne peuvent rejoindre la Géorgie au plus court et sont obligés de faire le tour par la Turquie, les obligeant par la même à franchir un certain nombre de cols en haute altitude. Heureusement, après Gori, ville de naissance de Staline et fraîchement bombardée et occupée par les russes lors des affrontements de 2008, la route se transforme en 4 voies avec une belle bande pour les cyclistes. Ce jour, on tombe 120 Km pour rejoindre un hôtel à 5€ la nuit d’où on vous écrit cet article. On pense entrer en Azerbaïdjan dans 2 jours et être à Baku en milieu – fin de semaine prochaine. De là, il nous faudra obtenir les visas Kasakh et Ouzbek et réussir à trouver un bateau pour traverser la Caspienne. Mais c’est une autre histoire.

On ira à Baku !

10 Comments. Leave your Comment right now:

  1. by Jean

    Salut A&B !
    Super article encore une fois, je me suis bien marré ! Mais qu’est ce que je fou dans ma cambrousse anglaise moi !?
    Bisous

  2. by Bertoon

    Super article les enfants et vous nous fêtes tjs rêver et marrer ^^
    Oui, Jean, tu as raison… Mais qu’est ce qu’on fout là !!!
    Eh les cocos, faites attention à votre cirrhose du foie, avec
    toutes vos rencontres, arrosées :-D vous allez peut être pas
    terminer ce magnifique voyage.
    Si vous pouvez me ramener un ti échantillon de cet animal,
    moitié chien, moitié troll, ce serait cool :-)
    Je vous embrasse fort fort fort et faites attention à vous

  3. by Tinmar

    Bien le bonjour…je ne sais pas comment on dit en géorgien ou russe ou kazakh ou…enfin bref, là bas quoi !
    Ca faisait un petit moment que je n’avais pas lu votre blog et je viens de lire cet article, je suis content que tout aille bien pour vous…ça me parait tellement dingue, c’est beau, c’est romantique, c’est furieusement post-moderne !
    Bravo à vous, des bizoux à Anne que je connais un peu mieux quand meme et prenez soin de vous et profitez bien !

  4. Trop sympa de vous lire, on apprécie aussi d’être de l’autre côté de l’ordinateur à vous lire, c’est super bien écrit, un vrai régal!
    Bise
    Tachou

  5. by Polo M

    Eh ben dites-dont ça avance bien !
    çà doit être la vodka ;)

    Faut que j’vois vos têtes à la cam soooon !
    Bisous

  6. by veronique

    je suis avec emerveillement votre periple…..belles photos …commentaires interessant…..on voyage avec vous …sans tout les inconvenients ….!!!…. …En tout cas bon courage …..continuer à nous charmer !!!

  7. by DAVID

    hello my name is david gvelukashvili from georgia (badiauri), i want to see you facebook and please tell me your account.

  8. by Laurent

    Ben en tout cas vous me faites bien planer depuis le début avec vos articles et vos photos…

    D’autant plus que jusqu’à Istanbul j’avais suivi un peu le même parcours que vous en un mois et demi (mais en train …et il y a très longtemps, quand c’était encore alors la Yougoslavie).

    Allez continuez à nous raconter de belles histoires. Ici, « Docteur House » c’est fini et « Koh Lanta » est annulé… Alors la France entière compte sur vous maintenant…!!!

    Ps : Et arrêtez de vous la péter avec tous vos kms … Depuis que vous êtes partis j’en ai quand même 2150 dans les pattes……..Bon essentiellement entre Vaulx en Velin et Craponne…. Bon ok…. d’accord…
    Des fois quand j’y pense,….. tous ces kilomètres pour finalement vous écrire de mon ordi de bureau…. sourire…

    Bises à tous les deux…

    Laurent

  9. by Mamoune

    Vodka qui coule à flot et piste cyclables pour glisser sur l’asphalte…
    Et moi qui croyait que c’était château la pompe et nids de poules !!!
    On est toujours aussi heureux de vous lire et vous nous faites rêver hormis la rencontre avec la chimère, sorte de chien et de monstre sorti de nulle part….
    Bon je pars « cambrousser dans les brouillards » chez Jean et un petit skype pour constater vos nez rouges me comblerait…

  10. by nico gibbon

    Salut les loulou,

    Quel regale de lire toutes vos aventures depuis tout ce temps,
    J avez un peu perdu le fil mais j ai rattrape le temps en lisant les episodes manques. Bon il faut l avouer c est quand meme plus facile que de pedaler, de s enfiler des cote et des razades de vodka a tout vent….
    De mon cote, le retour en Inde c et bien passe, je retrouve le folklore de l Asie et l acceuil toujours aussi conviviale des Indiens. Ici, nous sommes en plein coeur de l ete Indien ( c est le cas de le dire) et les temperature peuvent atteindre jusqua 43 degres… Je vous laisse imagine que ca reduit les elans d activites…

    Je vous embrasse,
    soyez fort avec la vodka et les Russes
    A tout bientot,
    Nic.

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