Oyé !
20/05 : On est à la frontière Kazak – Ouzbek ; nos visas ne commençant qu’à partir du 21/05, nous avons planté la tente à 500m du poste frontière depuis hier soir, en plein vent, dans un champ couvert de merdes en tout genre…

A la frontière Kazakh-Ouzbek

Pas le plus glamour mais ça permet de patienter et de redonner une beauté à nos biclous qui en ont grandement besoin. Qu’on reprenne donc où l’on vous avait laissé :

Il nous a fallu attendre un petit moment (6 jours ouvrés finalement) pour obtenir notre dernier visa manquant : l’ouzbek. Il se trouve que dans le quart d’heure où le consul nous a fait savoir qu’il nous attendait, on a également su qu’un bateau partait dans les 2h… Il est 11h. N’attendant plus aucun visa, Boris nous quitte et fonce prendre ce bateau. De notre côté, branle-bas de combat donc pour choper les visas à l’autre bout de la ville, remballer les affaires, acheter les tickets de bateau… on y croyait vraiment plus mais finalement, à 18h on était sur le pont avec notre ami slovène et l’espagnol Juan ! (qui eux du coup, ont dû passer toute journée à bord en attendant un soi-disant départ imminent du bateau…mais celui-ci ne part que lorsqu’il est plein, et on ne sait jamais quand !).

C'est parti !

Croisière donc sur la mer Caspienne à bord d’un cargo pendant 24h + 4h d’attente à l’entrée du port d’Aktau car pas de place pour accoster. On n’a pas trouvé la salle de bal ni la piscine… Mer d’huile ; équipage peu agréable ; 1 unique cabine pour les toutous comme nous : on sera 5 dedans ; repas à bord servis par la cuisinière de l’équipage : on mange en gros ce qu’il reste après que l’équipage se soit servi ; aucun prix bien sûr mais la cuisinière vous demandera de l’argent (de poche) ; montant dépendant surement de la façon dont elle est lunée ; compter environ 2€/repas. Pour tuer le temps : parties de baggamon, TV dispo, lecture, dodo… On finit par arriver en pleine nuit à Aktau, à 2h du mat. Les yeux encore collés de sommeil, on arrive sur le pont. Là, une armée de flics nous demande d’aligner nos sacs et de former à notre tour, une seconde ligne (valable également pour l’équipage). Les chiens nous reniflent un à un. Bilan : aucune drogue saisie. Ca rigole pas en Kazakie ! On passe ensuite la douane pour enfin échouer dans une anti-chambre des flics, histoire de poursuivre notre nuit.

A Aktau, notre mission principale : nous faire enregistrer à la police d’immigration (à faire obligatoirement dans les 5j suivants votre arrivée sur le territoire sous peine d’amende). Mais mauvaise surprise une fois au poste : c’est fermé, il faut attendre 3j ! Super ! Boris et Juan ne peuvent pas attendre ; leurs visas ne le permettent pas ; ils filent donc à Beyneu pour se faire enregistrer mais se taper 500km (pour majeure partie, de la piste) en 3j est quasi impossible ; on n’a pas de nouvelle d’eux, on ne sait pas s’ils ont fait du stop ou pas… De notre côté, on attend patiemment à Aktau. Que dire de cette ville… c’est moche, moche, moche ! Aktau a été construite fin des années 50, proche d’un site d’extraction d’uranium. Comme il n’y a absolument rien dans cette partie désertique, notamment pas d’eau, ils se sont servis de cet uranium abondant pour alimenter en énergie une station de désalinisation d’eau de mer. Il n’y a rien à voir dans cette ville fantôme aux larges axes sans charme et aux HLM délabrés. On peut voir l’emprunte des soviétiques au travers de grandes sculptures/gravures sans aucun aspect artistique. Autre truc surprenant : pas de nom de rue nulle part mais des numéros de districts ; dans chaque district, les bâtiments portent des numéros. On passera donc 2 nuits en squat avec notre tente, dans la cour d’un hôtel nous traitant avec condescendance et 1 nuit chez Ilya, rencontré par hasard au sortir d’un cyber-café, qui nous lâche son appart ! Cool, Benjamin peut enfin prendre une douche ! (moi j’me suis douchée sur le cargo). 3j à mater des films et glander sur le net. L’enregistrement c’est passé nikel : s’y rendre à l’ouverture, ne pas paniquer devant la quantité de gens faisant la queue (toujours pas compris ce qu’attendaient tous ces locaux), aller au bureau n°2, donner les passeports et le papier d’immigration, attendre 30min et voilà le coup de tampon qui manquait ! On a même rien payé du tout, à notre grande surprise.

Enfin, après ces 15j d’attente à Baku et Aktau, on reprend nos montures, direction Beyneu, puis l’Ouzbékistan. Ce qui devait arriver arrivât : chaleur écrasante, vent dans la gueule, piste défoncée…

Grosse gosse chaleur, obligé de se protéger

Non, en fait ça n’a pas été aussi dur que ce qu’on attendait.
Certes, la route entre Aktau et la frontière est en majeure partie de la piste (en fait, c’est pas une piste, c’est plutôt un déchet de route, ce qui est pire), mais il y a souvent une bande de 20-30cm à peu près correcte sur le côté. D’ailleurs, on se demande comment c’est possible qu’un tel axe principal soit si peu entretenu…
Du soleil, on en a eu (max enregistré : 47°C au soleil) mais on a aussi connu des journées nuageuses, ce qui n’était pas pour nous déplaire ! Le nuage kazak est un ingrat et même un impertinent ; il se promène, ventripotent et gris, au-dessus d’une terre assoiffée et craquelée, sans rien lui rendre de toute l’eau qu’il lui a volé.

L'arrivée sur Beyneu sera marquée par un orage

Heureusement que le vent se fâche parfois, obligeant les nuages à redonner un peu à boire aux petites plantes épineuses et aux différentes bestioles qu’on a pu croiser : serpents, scorpions, araignées, chameaux et dromadaires, petits oiseaux et rapaces, insectes, tortues et lézards.
Du vent : ça c’est un peu la plaie… On ne peut pas y couper. Il y a en tous les jours, jamais dans le même sens ni aux mêmes heures. Notre pire souvenir restera l’arrivée sur Beyneu ; après 70km de mauvaise piste, il nous restait 15km d’asphalte tout neuf. Cool ! Ben non, le vent en avait décidé autrement. On s’est fait fouetter le corps à grand coup de rafales de vent et de sable.

Une tempête de sable nous rétame la tronche 10 Km avant Beyneu

Le grand plaisir à parcourir cette route désertique, c’est les petites auberges qui jalonnent la route. Il y en a très régulièrement, environ tous les 40km. On vous met à dispo une carte de ces oasis de vie ! On peut y acheter de l’eau (pas d’eau courante ; si jamais il y en a, ne pas en boire ; on nous a dit qu’elle n’était pas consommable) et y manger très correctement pour des sommes modiques. On trouve aussi des bricoles à acheter : cocas, biscuits, soupes déshydratées… La plupart du temps dans ces auberges, les femmes sont imbuvables et les hommes charmants et diserts. Ce serait un des effets secondaires de la vodka : les hommes étant trop saouls, ce sont les femmes qui ont repris les rênes et tiennent les commerces. On s’est laissé dire : de manière générale, ne pas chercher à négocier avec une femme, préférer les hommes ! Les deux plats principaux qu’on trouve partout : une soupe de nouilles avec légumes (lagda) et un plat de riz avec un peu de viande (plove). Ils font souvent des beignets de PdT ou de viande. On a aussi bu du lait de chamelle fermenté…très fermenté ! C’est entre le lait et le champagne !

Premier arrêt bouffe, on se fait offrir le repas...

Les paysages sont très beaux sur la première partie de la route. Des anciens canyons de calcaires érodés, des déserts de sels, de jolies couleurs… Pour la 2ème moitié, c’est plus…plat, plus ras, plus rien… Mais c’est justement ce rien qui vaut le détour ! Au fin fond du rien d’ailleurs, on a recroiser Sylvain et Nina, ce couple de backpackers français laissés à Baku. Soirée bien cool !
Autres remarques générales sur le Kazakhstan : on a le sentiment d’une natalité élevée (mais les chiffres n’ont pas l’air de confirmer) ; la plupart des jeunes femmes sont enceintes ; c’est un pays musulman mais aucune femme ne semble porter le voile ; seules les femmes âgées portent un fichu blanc noué sur la tête ; la tenue adoptée par toutes : un legging ¾ noir et une robe un peu ample, dans les maronnasses, arrivant au genou et laissant les bras nus, des chaussettes et une paires de sandales. Ok pas hyper sexy vous direz, mais nous on les a trouvés jolies ces femmes kazak. Côté hommes, on fume beaucoup moins qu’en Turquie ou en Géorgie. On boit un peu mais pas d’excès semble-t-il. Les kazaks sont charmants ; un peu discrets au premier abord, ils se dérident rapidement et nous offrent toujours de gentils sourires, encouragements voire carrément des repas ! Le tout sans être envahissant. On parle le kazak bien entendu dans le pays mais aussi couramment le russe ; on a pu d’ailleurs ajouter quelques mots de russe à notre panoplie de vocabulaire de voyageurs.

Plus de vaches ici, les dromadaires et chameaux les ont remplacé

Bref, en conclusion : ce fut un vrai plaisir de couper cette petite partie désertique du Kazakhstan ; on y aurait pour autant pas pédaler 1 mois non plus car le vent, le sable, le soleil qui cogne, le manque d’eau… tout ça rend l’avancée plus difficile. On ne prétend malheureusement pas avoir vu le pays dans son ensemble, n’ayant pédalé que 600 bornes sur les quelques milliers que comptent le pays dans sa longueur !

Les photos du Kazakhstan sont dispo en ligne !

10 Comments. Leave your Comment right now:

  1. by Hélène

    passionnant ton récit Anne. Je vous trouve très courageux et en voyant les photos on comprend l’état de vos vélos… mais aussi de vos derrières. A ce propos il est encore temps de passer une commande, par exemple du mythosil…
    Je vous embrasse très fort.

  2. by Cécile

    Ah!! Enfin de vos nouvelles! Je commençais à m’inquiéter! Encore de belles choses à lire meme si il semble que ca n’ait pas été facile tout le temps!
    Ici, il fait tellement pourri et froid qu’on vous envierait presque vos 47 °!!

    Gros bisous à tous les deux

    Cécile C

    • by Anne & Benjamin

      Et oui, pas facile de trouver de la fibre internet dans le désert ! Déjà que l’eau se mérite…
      Merci pour ton petit mot en tout cas qui fait bien plaisir.
      On t’envoie notre trop plein de soleil et de chaleur par la pensée, en espérant qu’ils te parviennent !
      Bisous

  3. by Jacques Lesavre

    Vous êtes vraiment des champions! Là, je suis vraiment impressionné. Bravo et continuez à avoir ce formidable état d’esprit. J’attendais de vos nouvelles avec une certaine impatience. La prochaine fois, débrouillez vous pour avoir des liaisons internet plus fréquentes….Je blague. Merci mille fois et bon vent.

  4. « …on y aurait pour autant pas pédaler 1 mois non plus car le vent, le sable, le soleil qui cogne, le manque d’eau… tout ça rend l’avancée plus difficile. ». Finalement il ne vous manquait que la courante (filante ou autre turista) ?
    Bon courage. Merci pour vos super-photos et vos supers récits. Bonne route.

  5. Chouette!
    Une belle bouffée de voyage aujourd’hui! Je suis à fond, continuez à si bien écrire, c’est un vrai régal et les photos sont tip top trop belles! Ca fait du bien, merci de partager vos aventures! En plus vous allez bientôt la route qu’on a fait, ça sera plein de beaux souvenirs pour nous!
    Bisou
    Tachou

  6. by Captnseb

    Et le visa pour le Boukistan vous l’avez obtenu???? Merci pour ces nouvelles fraîches , ça nous réchauffe un peu vu qu’ici le printemps à laissé place à l’automne. Bisous les bargots.
    PS: pas de poisson dans le désert? Même avec le super kit de pêche???

  7. by Mamoune

    Incroyable récit qui régale, effraie et laisse baba d’admiration…
    Bric à Brac sur vos photos superbes…
    J’ai pas bien vu la « bande de route correcte » ?
    Belle acquisition d’une jolie caisse qui complète élégamment ton chargement Benj …
    Gentil molosse canin mais méchant nuage !!!
    Vous êtes fous et c’est formidable.

  8. by Laurent

    Super, on vous sent en forme, on vous espère en forme.
    Vive les jours de poireau aux consulats, ambassades…ils vous permettent de nous écrire.
    47° ; c’est 6.47 fois plus que la température qu’on avait ce matin du 24 mai ! on va tous émigrer kazak

  9. by communod luc

    respect !
    bon courage à vous pour la suite. Je pense que vous allez rejoindre Almaty. Pour moi c’était une ville sympa pour reprendre quelques forces. Après se sera l’Aventure.
    Bonne route

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