Finit la glande ! Après 5 jours d’attente au GulnaraGuest House, à Tachkent, on a repris nos vélos pour aller en découdre avec le Tadjikistan.

Le 19 au soir, on campe donc proche de la frontière pour être d’attaque le lendemain matin. Un dernier camping Ouzbek bien agréable, au cours duquel je montrerai au peuple Ouzbek ce que vaut un poitevin sur un cheval… Lamentable !

le plus grand cavalier d'Ouzbekistan

On nous prédisait un passage de frontière compliqué, les Ouzbek étant un peu zélés sur les contrôles de papiers et autres enregistrements. Finalement, on est sorti du pays en 15 minutes montre en main. On nous prédisait aussi une entrée franchement easy chez les Tadjik, ben là, ça a pas loupé. 5 minutes montre en main. Welcome to Tadjikistan !

Welcome to Tadjikistan !

Ce pays, on en rêve depuis le début de l’élaboration de l’itinéraire. La Pamir Highway est un peu au cycliste voyageur ce que la suisse est à l’évadé fiscal… Le paradis ! Bon, on va vite comprendre que le paradis ça se mérite.

On est donc rentré au Tadjikistan par le nord et on a rapidement atteint Khujand en loupant de peu la mort par cuisson. Surement la journée la plus chaude de notre voyage.

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De là, on a un peu réfléchi (et oui, ça nous arrive) : on a 30 jours pour descendre à Dushanbe via deux gros cols(classés hors catégorie par le Tour de France) et 350 km, faire notre permis pour le Pamir, avaler les 550 bornes et 8000 m de dénivelé sur une piste pourrie qui nous sépare de Korogh, et ensuite s’enfiler la Pamir Highway. Un rapide calcul nous dit qu’on va allègrement faire sauter les 350 bornes jusqu’à Dushanbe. Allez hop, on saute dans un 4×4 et en avant. Enfin, ça c’était le plan de base. En fait, quand on a eu fini de charger les vélos sur le toit du 4×4, il nous a fallu attendre 6 heures que notre gugus de chauffeur trouve d’autres clients pour remplir sa caisse. A 15h, il reste encore une place à combler… Putain, on craque. Tiens, prends ces 30 dollars et mets les gaz !

On charge les velos et on attend... longtemps

Sur ce tronçon de route, il se trouve un lieu que certains qualifient d’antichambre de l’enfer. Il s’agit d’un tunnel construit par les iraniens il y a quelques dizaines d’années. En France, on n’appelle pas ça un tunnel, on appelle ça de la spéléologie… A peine rentré à l’intérieur, c’est le noir absolu et l’anarchie la plus complète. Les ¾ du boyau sont noyés par les eaux de ruissellements de la montagne, le terme « nid de poule » n’a absolument rien à faire ici, les trous sont énormes et imprévisibles du fait de la flotte. Le trafic dans ce tunnel est hallucinant, de vieux camions Russes et Chinoissuffoquant comme jamais, des 4×4, dont le nôtre, avançant pleine balle, des voitures familiales embourbées, le tout dans une atmosphère non ventilée et sur 5 km ! Il faut le voir pour le croire.

Le tunnel de la mort

Dushanbe

On finit par arriver dans la soirée à l’Aventurers’Innà Dushanbe. L’hôtel le moins cher de la ville dans lequel tu peux planter ta tente. Nous conseillons au Lonelyplanet, qui apprécie particulièrement « les deux salles de bain communes, les petits déjeuners copieux et l’ambiance décontractée » d’arrêter la drogue. Payer 8 dollars par tête pour camper en plein soleil à coter de la bagnole du proprio, prendre une douche froide sans pression et gouter à la délicieuse absence des petits déjeuners, disons-le clairement, ça fait mal au cul ! Bref, ami Tadjik de Dushanbe, lance-toi, ouvre une guest house un peu propre et un peu soignée et tu vas te faire du blé !

Avec Greg et Cyrielle et deux gosses prenant un cours d'anglais

A Dushanbe, notre mission consiste à récupérer nos permis pour le Pamir. En effet, cette région étant autonome, il nous faut une autorisation pour y rentrer. Le permis est délivré à l’OVIR. Ah… l’OVIR, après celui du Kazakhstan, celui-ci aussi nous colle un gros blanc en nous annonçant samedi matin que la nana qui remplit le bout de papier ne sera là que lundi : come-backMonday, teno’clock ! Putain !!! Bon, ça a été moins le bagne qu’à Aktau. On a revu Greg et Cyrielle, deux cyclos croisés à Boukhara avec qui on a tenté une réécriture du Lonelyplanet. Y a de quoi se marrer.

Lundi 10 h ! On est à l’OVIR et, après avoir dû jouer serré encore une fois pour ne pas avoir à revenir à 14h, on a notre permis en poche. On va à la montagne !!!

Les permis !!!

De Dushanbe au Khaburabot pass

Deux routes sont possibles sur le début de l’itinéraire pour Korogh. La sud, en meilleur état mais plus longue et au profil moins régulier et la nord, plus courte, qui monte doucement avec au milieu un col à 3252 m et une route en mauvaise état. On choisit la route nord !

Rapidement, on rejoint Greg et Cyrielle sur leurs vélos couchés (vraiment étranges ces engins) et on monte ensemble doucement dans les montagnes. Quel bonheur après 45 jours d’une platitude désolante depuis Aqtau, de passer le petit plateau et de grimper en altitude. Le soir, on campe au bord de la rivière histoire de clôturer la journée par une petite baignade et on ressort les sacs de couchage pour passer une nuit au frais.

On s'enfonce

Le bonheur ! Après 2 jours ensemble, on laisse nos deux acolytes pour filer un peu plus rapidement sur Khorog. Rapidement, l’asphalte laisse la place à une piste plus ou moins mauvaise avec quelques passages de rivières à gué.

en plein effort

Le trafic se réduit, les paysages deviennent fantastiques, le moral et le physique sont au top. Au matin du 4 éme jour, nous sommes à Tavildara, au pied de la plus grosse difficulté depuis notre départ de Lyon. Le Khaburabot pass et ses 3252 m d’altitude. Nous allons mettre 5 heures pour avaler les 30 bornes et les 1600 m de dénivelé qui nous sépare de ce col. Une journée qui va laisser des traces.

on grimpe pendant 5 h

Nous arrivons exténués au col, surtout moi. Anne sera impressionnante sur cette ascension. Au sommet, on ressort gore tex, gants et bonnet et décidons de descendre un peu pour ne pas camper en plein vent et dans le froid. A 16h, je m’effondre dans la tente… Moral et physique moins au top…

Au top !

La frontière Afghane

Au matin, le temps est maussade et notre état de forme aussi. Heureusement, on attaque la journée par 25 Km d’une descente vertigineuse sur Kalaikum dans un univers minéral à souhait. Après une soupe de mouton bien grasse en guise de petit dèj et quelque emplette de biscuits et autres féculents, on reprend la route. Kalaikum marque le début de notre remontée du Panj, ce fleuve faisant office de frontière entre le Tadjikistan et l’Afghanistan. Tout au long de ce parcours, nous observons les Afghans vivre de l’autre côté de cette rivière. Nous apercevons les femmes, voilées de la tête aux pieds et les hommes en habits traditionnels s’afférant à la récolte du blé.

Les villages Afghans sont franchement beaux

De leurs côté, il n’y a pas de route le long du Panj, seulement un chemin de muletier qu’ils parcourent à pied ou à moto. Parfois, ils nous interpellent d’un air de dire : « venez ici, venez nous voir ! » Tu parles qu’on aimerait bien venir vous voir, ne serait-ce que 5 minutes pour boire un thé. Malheureusement, il y a cette rivière et la guerre… On a vraiment la sensation que ces pauvres paysans, là-bas à 50 m, sont enfermés chez eux. Communiquer à coup de gestes et de cris entre les deux rives du Panj procure vraiment une sensation étrange. Sur les 250 km entre Kalaikum et Korogh, seulement deux ponts relient les deux rives du Panj avec impossibilité pour quiconque de traverser. Un jour, nous observons un groupe d’afghans sur leur chemin qui, à cet endroit, est vraiment escarpé. Ils nous crient des paroles auxquelles on entrave que dalle. Puis, une immense détonation nous fait presque chuter. Putain, ils nous tirent dessus ces cons ! On se retourne et Boum !!! Une deuxiéme détonation puis d’autres encore. En fait, ils sont en train de faire péter la montagne pour élargir leur chemin. On repart un peu tremblant…

Frontiere

La route de Kalaikum à Khorog

La route est belle, très belle même mais épuisante, éreintante même. La route serpente entre les montagnes et les falaises escarpées enchainant inlassablement les montées-descentes. Son état varie de moyen à complétement défoncée. On ne trouve en guise de ravitaillement que quelques markets proposant essentiellement des biscuits, barres chocolatés et bonbons… Putain, il n’y a rien à bouffer ! On réussit à se faire offrir des pommes de terre mais en échange, il faut manger la soupe au gras de mouton…  Allez une cuillère pour maman… Résultat, le triptique classique, ventre défoncé, rots à l’œuf et chiasse carabinée. Vous l’aurez compris, l’Asie centrale, c’est rude ! Il y a un truc facile quand même, c’est le camping. Il est franchement aisé de se trouver un petit coin de paradis tous les soirs pour poser la tente, avec vue sur les sommets enneigés à plus de 5000 m d’un côté, falaise escarpée de l’autre et le mollah Omar qui fuit en mobylette côté Afghan.

On approche de Khorog

Après Rushan, le Panj se calme un peu, il devient plus gras et se traine lamentablement. La route s’en ressent, elle est plus plate et en meilleur état. Les 80 derniers km pour Khorog sont donc plus tranquilles et après 7 jours de baston mémorable depuis Douchanbe nous atteignons la capitale de la province autonome du Gorno-Badakhchzan.

Khorog

Nous logeons au Pamir Lodge hotel. Des chambres rustiques avec les matelas par terres, un bidon de fuel comme réservoir à eau pour la douche mais un jardin immense et plein de cyclos en font un endroit franchement agréable pour se requinquer. Quand on pense que cette ville de 30000 habitants n’est reliée à Douchanbe que par la route que nous venons d’emprunter, on prend conscience du genre de pays dans lequel on est. Pour la suite des hostilités, nous avons deux options, poursuivre sur la Pamir Highway ou faire un détour par le corridor de Wakhan. Pour le moment, on penche plutôt pour la première option. Affaire à suivre ! (Plein de photos dans l’album Tadjikistan)

Yeah !!!!!!!!!

10 Comments. Leave your Comment right now:

  1. by thomas

    souvenirs souvenirs…. ça n’a pas l’air d’avoir changé.
    Bonne bavante Tawaldira Kaborabat (c’est la plus dur du pays). Bravo Anne
    Sinon, il ne faut pas hésiter si vous avez le temps, direction plein sud !!!

    • by Anne & Benjamin

      Ah non, j’te rassure, ils ont pas l’air d’etre sur le point d’ouvrir un Auchan entre Kalaikum et Khorog. Je pense qu’on va laisser le Wakhan comme pretexte pour revenir un jour. Peut etre cote Afghan…

  2. Votre aventure est tellement géniale que ça en est scandaleux ! :)

    • by Anne & Benjamin

      Merci Christian et merci encore pour vos cartes qui nous accompagnent tous les jours. On essaiera de vous faire un article complet sur l’Asie centrale.

  3. Merci pour le rêve et bravo.
    Vous tenez la forme, chapeau !
    Les morceaux de gras de mouton (au fait ? où sont les morceaux de maigre ?) ne paraissent pas vous déranger plus que ça !

  4. by Arclusaz

    cet article est un monument d’humour et de dépaysement : bravo !

    bonne route à tous les deux et …. bon anniversaire Benjamin !

  5. by Cyrielle

    Nickel votre article les copains, sympas les photos et la relecture du « Lonely Planet »! On a bien rit! Bonne route a vous et pas trop de problemes intestinaux!! La bise.

  6. by Filip

    Incroyable!
    Sorry pour mes longs mois de silence, je découvre avec admiration votre progression, c’est fou!
    Le Tadjikistan a l’air magnifique. Aux Nations Unies au Cameroun, parmi les expats il y avait un Tadjik. Pendant six mois il m’a parlé de son pays, et à voir ce que vous en dîtes, ça a l’air d’être vrai!
    bravo en tous cas et à bientôt,
    filip

  7. by Laetitia

    oh la la que c’est beau! cet article m’a laissé sans voix. J’adore ces paysages tout de minéral.
    Merci encore pour toute cette aventure et surtout faite attention à vous;
    je vous embrasse fort (et moi j’ai tjrs su que Anne était impressionnante ;) )

  8. Good stuff Morgan. As an owrner of some developed .net niche sites its truly disheartening to see the lack of real traction year after year. I’m wondering if anyone can share a .net site they regularly use or visit or perhaps simply come to mind? For me, my ISP optimum.net

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