Comme annoncé dans le précédent article, nous voici encore dans un nouveau pays : Le Cambodge ! Pffff, c’est qu’on se rapproche dangereusement de Singapour.

Kratie marque notre premier stop dans ce pays ! En ce qui me concerne, j’ai beaucoup apprécié cette étape, ça faisait un moment qu’on n’avait pas traversé une ville comme ça. Je veux dire une ville qui n’est pas en représentation, qui ne fait pas du racolage clairement actif, qui a une vraie vie quoi ! Un marché imposant qui encombre les rues toute la journée, des odeurs plus ou moins agréables émanant de partout, un défilé de scooter, bref, un joyeux bordel. Les cambodgiens vivent leur vie quoi.

Bouchère

De Kratie, nous mettons le cap sur Phnom Penh. Pour ce faire, on choisit la route secondaire longeant le Mékong.  La route suit au plus près le fameux fleuve sur environ 130 Km. Comme en ce moment on est un peu chaud de la pédale, on abat ce défilé de bornes dans la journée… Une longue journée ! Les 50 premiers kilomètres sont asphaltés et ensuite… la piste ! Comme d’hab, « la piste » c’est vague. On passe de la belle terre battue stabilisée, au sable et à la route en terre à peine praticable par une charrette 4 roues motrices.  Tout au long de cette route on trouve des villages et donc une quantité de gosses capables de faire péter un câble à un moine tibétain. Contrairement au Laos, ici, les gamins nous lancent des « hello » et non pas des « bonjour » dans leur langue maternelle. Seconde différence notable qui s’explique peut-être par la précédente, les « hello » sont plus agressifs, plus moqueurs bref ils ne veulent pas vraiment dire « hello »… On n’a pas été saoulé une seule fois par les centaines de « sabaidee » reçus au Laos durant un mois et là, en une journée on a frôlé la crise de nerf… Enfin, au Cambodge, il y a du monde, beaucoup de monde, c’est sans doute la différence la plus frappante avec le Laos. Point commun, les cambodgiens sont magnifiques tout comme leurs voisins du nord.

village très pauvre, peut être plus qu'au Laos

Autre point intéressant, sur cette route longeant le Mekong, on croise de nombreux villages musulmans. On ne s’y attendait pas. Par ailleurs, ce sont de « vrais » musulmans (si tant est qu’il y en ait des faux) comme on n’en avait plus vraiment vu depuis la Turquie. Femmes voilées dès le plus jeune âge et habit traditionnel pour tout le monde. Et, les mosquées font le plein à l’heure où le muezzin dit bonjour ! C’est assez étrange car, étant donné que les villages se collent, tu passes d’un village bouddhiste à un village franchement muslim en 50 mètres.

Entre Kratie et Kampong Cham

Bref, on éclate les 130 km dans la journée et on arrive de nuit à Kampong Cham, 130 kilomètres au nord de Phnom Penh. Le lendemain, chaud comme la braise, on finit par arriver dans la capitale Cambodgienne sans s’en rendre compte. Attention, anecdote, j’ai quand même avalé une tarentule grillée sur la route. A Sunz exactement. On vous conseille, c’est délicieux.

Phnom Penh… C’est grand comment à ton avis ? J’sais pas trop… Et ben c’est grand !  C’est surtout bourré de scooter et de tuk-tuk. Un régal en vélo de slalomer entre tout ce petit monde. Ça a été un peu la croix et la bannière pour trouver une guest house non tenue par des chinois et non complètement hors budget. Finalement, on déniche  ce qui doit sans doute être la guest house la moins chère de la ville (4USD la chambre double) mais sans doute aussi la plus chaude de la ville. Va t’endormir quand à 23h il fait 32 °C dans ta piaule et que des moustiques mutant veulent s’amuser avec toi. 2 nuits horribles !

Monument de l'indépendance

Et voici que le 5 novembre arrive, synonyme pour nous de retrouvaille avec la famille de Anne et aussi de confort, de climatisation et de régénération de nos arrière trains.

On a donc tous ensemble visité la capitale des Khmers. La ville est sympa, un mix entre modernité et tradition. On trouve des quartiers franchement populaires, cradingues, avec beaucoup de bouffe de rue mais aussi de grandes artères avec les enseignes prestigieuses bien de chez nous et des quartiers franchement touristiques remplis de guest houses et de restaurants servant de la « western food ».

On a visité les classiques de la ville à savoir le palais royal et le Wat Phom. J’ai un peu honte de le dire mais tous ces monument me laissent disons… presque intégralement de marbre. Je ne dois pas avoir le gène pour ça. Pour vous dire, quand je regarde ces palais, je pense avoir le regard aussi expressif qu’une carpe ayant trouvé un Iphone. Bref, ce n’est pas trop pour moi. Mon attraction numéro 1 dans les villes, ce sont les vendeurs de bouffes de rue. J’adore ça !

On a retrouvé la mifa

Deuxième jour à Phnom Penh, on est allé se mettre une grosse claque au musée du génocide Khmer rouge. Je ne vous fais pas un cours d’histoire. Sachez seulement que ces salopards de communistes Khmer Rouge ont génocidé 2 millions de cambodgiens entre 1970 et 1975. Le musée se trouve dans la prison la plus célèbre de Phnom Penh durant le règne de ces tortionnaires : La prison S-21 (qui auparavant était un lycée français). Il faut quand même savoir que les cibles privilégiées des KR étaient l’élite du pays. En gros, les médecins, avocats, ingénieurs, banquiers, et plus généralement, tous ceux qui portaient des lunettes ou parlaient une langue étrangère. Beaucoup de ce petit monde se retrouvait dans la S-21, se faisait torturer pendant des semaines et finissait généralement par y mourir. Le musée retrace toute cette histoire. Nous avons aussi accès aux anciennes cellules où les chaines servant à attacher les prisonniers sont encore là pour témoigner. Le musée est sans détour, il vous met un gros point dans la gueule, de quoi vous foutre un bon gros spleen. On se prend la réalité en pleine figure, des dizaines de cranes déformés par les tortures, des photos, des instruments de tortures de l’époque. Ce n’est plus abstrait, ce n’est plus le journal de 20h.

Les cellules de S-21

Quand on vient dans ce genre d’endroit on se dit mais merde, comment c’est possible ? Et puis on se dit qu’en ce moment même, d’autres horreurs équivalentes ont lieu sous notre nez à tous comme en Syrie par exemple. Mais, ce qui se passe en Syrie est abstrait et puis, c’est compliqué il parait… Et finalement on se sent un peu désespéré. J’espère qu’il n’y aura jamais de musée comme celui de la prison S-21 à Damas.

Bon, voilà, je suis désolé, ça finit comme ça !

La chaine d'une cellule dans la prison S-21

3 Comments. Leave your Comment right now:

  1. by Monik

    ça finit très réal politik ton commentaire Benjamin, mais néanmoins, sur la dernière photo, il n’y a plus personne au bout de la chaîne, ce qui laisse une lueur d’espoir…
    merci pour la brochette de malissard, cela fait tout drôle de vous voir ensemble au fil de votre périple.
    de passage à Paris, j’ai vu l’expo Angkor au musée Guimet et j’étais un peu plus en pensée avec vous. je pense a vous deux très fort quand je pédale avec des rafales à 85km dans le nez… mais c’est juste pour qq kms !
    plein de bisous,
    Mk

  2. by Mamoune

    Il n’y a plus personne au bout de cette chaine, tu as raison Monik mais elle donne à « montrer » toutes celles qui ont torturé, torturent et tortureront…Sans grand espoir de sagesse, de tolérance et d’humanité.

  3. Pfiouhhh… ça a ‘air d’être trash ce musée (on pensait aussi le faire)… ça me rappelle la première fois ou j’ai visité Berlin avec ma maraine (je devais avoir 18 ans) et ou on a fait tous ces musées sur le génocide! ça te remet les idées en place… Pour la Syrie, rien que d’y penser ça me rend triste… quel gâchis!

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