Ca y est, les parents David nous ont quitté ce matin, l’occasion donc pour nous de vous raconter un peu ce qu’on a vu durant ces 15 derniers jours en Ouzbékistan !

Gentil escroc nous ayant vendu une purée de sucre pour un pot de miel

L’Ouzbékistan à vélo pour commencer : pas une partie de plaisir… Explications :

Le pays est d’une platitude désolante ; certes on atteint une superbe moyenne kilométrique (> 100km /jour) mais qu’est-ce qu’on s’emmerde ! Vraiment pas grand-chose à voir, le temps ne s’écoule plus (je crois pédaler 3h quand j’ai à peine pédalé 1h…).

On sature

De la frontière Kazak jusqu’à Boukhara en gros, c’est du désert ; à l’origine, il n’y avait que du sable mais les soviétiques l’on fixé en y semant par avion, des milliers de graines de petites plantes adaptées. Puis de Boukhara à Tashkent, en passant par Samarkand, des champs de coton, de blé et des vergers (abricotiers et cerisiers pour majorité) à pertes de vue. Si vous ne le savez pas, on vous l’apprend : la culture du coton, très consommatrice en eau, est une aberration dans un pays aussi aride. Mais Moscou n’en a fait qu’à sa tête et décida dans les années 60 de faire de l’Ouzbékistan, le premier producteur mondial de coton. Conséquence d’une telle monoculture : l’assèchement de la mer d’Aral (les cours d’eau devant terminer leur course dans la mer ont été déviés pour irriguer les cultures) et l’appauvrissement des sols. Aujourd’hui, même si l’Ouzbékistan n’est plus le premier producteur de coton et qu’une partie des terres a été redistribuée à la population pour y faire pousser de quoi bouffer, le gouvernement force toujours la production du coton ; anecdote étonnante : c’est toute la population qui est impliquée (de force) dans la récolte du coton et qui doit atteindre des quotas (100kg/jour/personne de mémoire). Y compris les étudiants des universités, qui sont contraints de faire leur rentrée scolaire non pas en septembre mais en novembre ; les profs gueulent, certains étudiants contournent le système en payant un paysan pour bosser à leur place (les pauvres intellectuels n’ont pas la main assez agile pour remplir les quotas et se voient contraints de payer la différence à l’Etat !)…

La platitude désolante de l'ouzbékistan... Champs de coton ici

Bref, l’hégémonie soviétique a laissé des traces, un peu choquantes à nos yeux. Pour autant, cette période semble faire des nostalgiques parmi certains « vieux » ouzbeks. Et pour beaucoup encore, même si aujourd’hui le pays aspire et œuvre à son autonomie, la Russie n’est reste pas moins la grande puissance locale et un eldorado pour ceux qui souhaitent « faire fortune ».

2ème problème rencontré : la chaleur ; le thermomètre a affiché jusqu’à 55,5°C au soleil ! Alors on adapte le programme : on fait 80 bornes le matin, on se cale entre midi et 17h sur ces oreillers et tapis confortables installés autour des tables dans les gargotes, puis en reprend nos montures pour 1h ou 2 en fin de journée avant de planter la tente. Impensable de pédaler en juillet où les températures peuvent atteindre 70°C au soleil en plein désert ! Remarquez : oubliez également l’hiver qui inflige aussi des températures à l’autre extrémité du thermomètre : jusqu’à -40°C ! C’est là qu’on se chantonne : « douce France-euuu, …. ».

3ème problème : que dalle à se mettre sous la dent ! Les rares market croisés sur la route ne proposent que des biscuits et des bonbecs ; même pas de riz ou de pâtes ; ne parlons pas des fruits ou légumes… Mais comment les locaux font-ils leurs courses ?? On a appris par la suite que seuls les marchés hebdomadaires locaux permettent de s’approvisionner. On oublie donc l’idée de se faire à manger. Et on se rabat sur notre seule chance : les gargotes de bord de routes. Décevantes par rapport à celles du Kazakhstan ! Il n’y a que des chachliks (brochettes de viande), quelques maigres salades de tomate-concombre-oignons (même pour les amoureux des légumes comme moi, on peut plus les voir en peinture ces salades !) et rarement une soupe ou des raviolis contenant essentiellement du gras de mouton rance, le tout dans un niveau d’hygiène peu orthodoxe… Ça n’a pas loupé : on a été malades tous les 2, se relayant l’un l’autre sur 10j. La parade ? : ne plus rien manger. Résultat : c’est pas la frite, plus grande force dans les guiboles…

Pas au top...

Heureusement, les choses sont bien faites, c’est là que maman et papa David entre en jeu ! Plaisir des retrouvailles ! Les parents de Benjamin ont marché une semaine dans le Nord-Est du pays (seule région montagneuse et beaux paysages) et sont bien préparés à nous bichonner durant leur 2ème semaine de vacances. On ne refuse pas une offre pareille ! Au programme donc : Tashkent – Khiva- Boukhara – Samarkand, accompagné par Soukhrob. Notre guide local, féru d’histoire mais également de culture française (Dutronc, Souchon, Moustaki… tout y passe dans la voiture pour notre plus grand plaisir !) perd assez vite de son sérieux et se transforme rapidement en sac à blagues ; parfait : la semaine s’annonce bien, on ne pouvait pas mieux tomber !

Monsieur et madame David !

Le début du périple commence par un vol intérieur Tashkent – Urgench pour se rendre à Khiva, la ville des milles et une nuits (putain, on a flingué notre bilan carbone de 4 mois en quelques minutes…). Un peu de culture rien que pour vous ! Capitale du royaume de Khorezm jusqu’au début du XXème siècle, la citadelle de Khiva a été, tout comme ses sœurs Boukhara et Samarkand, victime des conquérants perses, grecs (encore et toujours ce fou furieux d’Alexandre le Grand), arabes, mongols puis Ouzbeks. Le plus destructeur de tous ces envahisseurs : le mythique Gengis Khan. Le mongol n’y allait pas avec le dos de la cuillère ; il rasait absolument tout sur son passage, laissant derrière lui un nuage de fumées et des femmes enceintes éventrées (2 victimes en une !)…  C’est pour cette raison qu’on ne trouve quasiment aucun monument antérieur au XIXème siècle. On va vous la faire courte ; voilà ce qu’on a visité : la forteresse et ses remparts en briques cuites recouvertes de pisé (pour faire plus vintage ?!?), palais, madrasas (= école coranique), mosquéesss…

Parmi toutes ces mosquées, l’une d’entre elles a retenu notre attention : la mosquée Djouma.

La "mosquée du vendredi" ; une prière ici le vendredi équivalait à 23 prières les autres jours, intéressant !

Déjà, on est frappé par ses 221 (Wiki a compté pour nous) colonnes en bois sculpté pour soutenir la toiture ; certaines colonnes résistent au temps depuis le Xème siècle ! Si vous voulez faire de même avec les poutres de votre maison, voilà la recette secrète : les faire tremper pendant 50 ans dans de l’eau spéciale, puis re-50 ans dans de l’huile spéciale, puis les faire sécher au soleil pendant la même durée. Et voilà, votre poutre peut résister au pire incendie ! Deuxième chose : on appelle aussi cette mosquée, la « mosquée du vendredi » ; une seule prière ici le vendredi équivalait à 23 prières les autres jours et ailleurs ! Intéressant ! Sûr que j’aurais fait ça du coup pour me dégager du temps pour faire autre chose… Ha non raté, les femmes n’avaient pas le droit d’y assister car on y parlait politique et actualité en général ; il était préférable de maintenir les femmes dans l’ignorance et les réduire ainsi à leur rôle de boniches juste bonnes à faire des gosses, la lessive et la bouffe…

Autre truc curieux : même si tous ces monuments font très « arabo-perses » dans leur esthétique, certains réservaient quand même un espace pour y placer une yourte, permettant d’accueillir des invités. C’est l’une des marques des tribus nomades jadis passées par là.

Dans une mosquée : emplacement d'une yourte, reste d'une tradition millénaire de peuples nomades

Enfin, le minaret de Khiva ; avec sa forme tronconique massive, on dirait plus une cheminée de centrale atomique qu’un minaret. En fait, il aurait dû mesurer 70m de haut et rivaliser ainsi avec les monuments de Boukhara de l’époque mais son commanditaire est mort en cours de route et le chantier a été stoppé net.

La medersa Amin Khan et toujours son minaret Kalta Minor

Ensuite, direction Boukhara en voiture, en Chevrolet bien sûr ! Petite parenthèse à ce sujet : le gouvernement interdit toute importation de voitures et autorise la production locale de 2 marques uniques : Daewoo (Coréen) et Chevrolet. Comme la puissance de production est insuffisante par rapport à la demande, les locaux peuvent attendre jusqu’à 2 ans leur voiture commandée ! Mais il y a toujours des gens impatients et un peu plus fortunés que les autres. Conséquence : une voiture d’occasion se vend plus chère qu’une voiture neuve ! Boukhara donc…

Pas moins de 140 monuments protégés par l’UNESCO pour cette ville au cœur de la route de la soie. Là encore, construction-destruction-reconstruction au fil des razzias de ses envahisseurs. A voir : la citadelle de l’Ark, les multiples mosquées et madrasas, les mausolées des mégalos de l’époque (qui ont enfreint la règle de l’islam : ne jamais se monumentaliser !), les bazars, marchés ouverts ou fermés… Bref, comme j’ai eu quelques difficultés à rester concentrée durant les longues références culturelles et historiques, allez faire un tour sur Wikipédia !

Coupoles marchandes de Boukhara

Ensuite, destination Samarkand. Capitale choisie par Tamerlan, le personnage préféré de Soukhrob ! Qui est ce mec, aussi appelé Timur le boiteux ? Un conquérant du XVème siècle dont l’empire embrassait une grande partie de l’Asie centrale et occidentale actuelle, un fou furieux lui aussi. Sa femme, Bibi-Kanum, qui n’était pas la femme de n’importe qui, a laissé son nom à pas moins de 3 monuments : une medersa, une mosquée et un mausolée.

La place Régistan et ses 3 médersas

Le petit-fils de Tamerlan est aussi un personnage incontournable, à placer dans vos conversations de salon. Ulugh Beg, un rebelle en son temps qui accordait plus de crédit à la science qu’au Bon Dieu, fût un grand astronome ; il décrivit avec une précision étonnante la position de dizaines d’étoiles, le tout avec un matériel plus que rudimentaire (en l’an 1430, point de télescope !). On a d’ailleurs visité son observatoire ; on n’a pas tout compris au rôle du petit chariot…

Enfin, retour à la capitale : Tashkent où nous passons l’essentiel de nos journées entre l’hôtel et le grand bazar de Chorsu, à seulement 5min à pied.

Marché de Tashkent

Maintenant on attend que notre visa Tadjik nous autorise l’entrée dans le pays ; on trépigne à l’idée de se mettre au frais dans les montagnes et d’en prendre plein les yeux sur cette Pamir Highway, l’une des plus belles routes du monde !

Au final, cette semaine passée en compagnie des parents et de Soukhrob nous a vraiment permis de recharger les batteries et le moral : hôtels ultra confort et bons restaurants tous les jours où l’on a pu découvrir que la cuisine ouzbek ne se cantonnait pas aux salades de concombres ! Merci Hélène, merci Dominique ! Cette semaine fût aussi extrêmement riche en histoire et culture, l’occasion d’appréhender le pays sous un autre angle. On recommande sa visite mais vous l’aurez compris, ne choisissez pas le vélo pour arpenter l’Ouzbékistan !

13 Comments. Leave your Comment right now:

  1. by Jacques

    Superbe reportage une fois de plus. Grâce à vous, je sais que JAMAIS, je ne promènerai mon vélo dans ce désert. Bonne route.

  2. by lejanus12

    Un peu de luxe dans ce monde de brute :D

    N’ayant jamais entendu parlé de tous ces noms barbares, j’ai ouvert wikipedia et j’y ai decouvert quelques grands noms du siècle passé. A commencer par « Soukhrob » ou « sukhrob » en anglais qui se trouve être un ancien joueur de football qui a joué au ballon dans les célébrissimes clubs suivants: FC Shakhtyor Soligorsk, FC Ekibastuzets, et Regar-TadAZ Tursunzoda…sauf que je me suis rendu compte après 5 min de lecture que ce type n’avait surement rien à voir avec le Tamerlan, fondateur de l’empire Timouride. Je passe les recherches utiles bien-sure…

    J’ai été intrigué par le chariot dans l’observatoire… on ne saura jamais à quoi il servait.
    En tout cas, j’aime bien leur toitures turquoises, ça fait très joli dans le désert !

    Bisous

    PS: Maman a déjà commencé à faire les mélanges pour faire tremper les poutres qui résisteront au feu. Elles seront disponibles à la vente vers Mai 2163 !

  3. Merci pour le cours d’histoire-géo d’un style très personnel d’autant plus plaisant à lire. Je ne savais pas non plus que c’était pire de pédaler en Ouzbékistan qu’au Kazakhstan, finalement ça me console (un peu) que nous n’ayons pas été autorisés à le traverser. Pour la santé et les conditions de vie je comprends le (désarroi ?) mais on ne peut s’empêcher d’avoir aussi une pensée pour ceux qui y vivent 365/365. Allez ! Courage pour la suite !

  4. by marie et mathieu

    coucou tous les deux
    cela fait bien longtemps que l’on ne vous a pas mis un petit mot mais on pense souvent à vous.
    c’est toujours un plaisir de vous lire et de découvrir vos jolies photos
    ravis de savoir que vous avez pu recharger les batteries et profitez un peu de la famille!
    cela fait déjà 4 mois que vous êtes partis, que le temps passe vite!!
    en tout cas vous faites plaisir à voir et vous avez de belles couleurs!
    nous nous sommes en plein dans le projet maison de chartreuse, le chantier démarre dans 15 jours, Mathieu est à fond!!!
    on vous embrasse très fort
    à tout bientôt
    promis je vous écris plus régulièrement.
    bises
    math et marie

  5. by Mamoune

    Salut les petits chéris
    On a donc diné ensemble hier au soir : Hélène et Dominique (un peu décalqués, décalés) étaient ravis de leur voyage avec vous et bien sur plein d’admiration, comme nous tous…
    Mamy se régale aussi de vos récits et, Jean a vendu la mèche pour les poutres !!!
    Vous savez donc tout. (ou presque)

  6. by Rémi Zimzim du LETh

    Salut à vous,
    Un petit mot pour dire qu’on parle souvent de vous dans la salle café entre deux conversations graveleuses !
    Les articles sont bien écrits, ça donne envie de partir, continuez comme ça !
    Profitez bien…

    • by Anne & Benjamin

      Salut Rémi !

      Content de savoir qu’on arrive à détourner la conversation des blagues foireuses d’Arnaud et de Martin ;-) !
      Bien le bonjour à tous le monde.

      • by Arnaud el foireux el blague

        Non mais non mais!!!!!!

        Mais toutes ces photos ne répondent toujours pas à cette question fondamentale: vous avez chassé le gnou avec une lance faite maison accrochée au vélo???

        Allé courage à vous et bonne route!!!

  7. Super récit … Pour un coup, on serait presque ravis de vous laisser le plaisir de l’avoir fait vous même ! Bravo …

  8. by david chantal

    marthe se joint à nous pour te souhaiter un bon anniversaire !!!!!!!!
    nous suivons toujours avec grand plaisir votre périple et mamie est adepte de l’ordi pour suivre vos aventures.
    marthe a une grosse pensée pour toi en mangeant des cerises!!!
    gros bisous benjamin sans oublier anne

    chantal thierry gabriel marthe

    • by Anne & Benjamin

      Merci beaucoup a vous tous !

      On vous embrasse bien fort depuis notre coin perdu dans les montagnes mais avec internet !

  9. voilà un article très complet sur sur notre cher Ouzbekistan, au début du post j’avais peur d’en lire du négatif à tout va, le pays est tellement critiqué et controversé par beaucoup de monde… Mais je me suis rendu compte au fil du récit que, comme moi, les notes positives l’emportent sur les négatives que peuvent dégager ce pays finalement très beau à la population d’une extrême gentillesse :)

  10. Amigos, Luís Graça, Hélder Valério, Juvenal Amado, Adriano Moreira e Juvenal Candeias.Dado o vosso apreço pelo tema, em questão e, porque em Canjadude se deu um salto de gigante, para melhor no ritual do “Fanado”, de 1970 para 1972 e ainda porque tenho fotos desse ritual, oportunamente mando outro artigo para o “Blogue” a abordar o assunto.Um abraçoJosé Corceiro

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