Et bien voilà, il est entre 2 et 3 h du matin (suivant le fuseau horaire où on se trouve), on vient d’attaquer notre deuxième vol après une escale à Riad en Arabie Saoudite. On rentre à la maison. On est en train d’effacer 1 année de voyage à vélo en 16 heures de vol… Ça laisse songeur ! En ce qui me concerne, impossible de dormir dans un avion, trop risqué, je déteste ces réservoirs de kérosène volant, j’en profite donc pour vous faire part de nos dernières semaines de voyage.

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Après l’ile de Penang, que les Malais ont bétonné sans retenue et sans le moindre gout (en dehors de Georges Town), nous avons repris la route direction la capitale Kuala Lumpur. Bon, on ne va pas s’étendre sur les routes de la côte Ouest. Globalement, on s’est sacrément emmerdé. Routes plates, extrêmement fréquentées et bordées sur des kilomètres par des plantations d’huile de palme. Pas de quoi s’en relever la nuit. Question vélo, il y a donc bien mieux…

Palmier à huile... déprimant

On peut dire que la Malaisie est quand même bien dans les rails d’un mode de vie tout merdique. Monoculture et donc déforestation, bouffe industrielle et donc très fort taux d’obésité (notamment infantile) et enfin montée en puissance de la religion de la consommation avec ses temples que sont les centres commerciaux démesurés.

Kuala Lumpur est à ce titre un bon exemple. On y trouve des centres commerciaux avec parc d’attraction et grand 8, hôtel, le tout sur 10 étages… Les petronas tower, anciennement les tours les plus hautes de la terre sont également un bel exemple de cette course effrénée vers le « plus »… « Plus » quoi ? Si quelqu’un connait la réponse… Mais Kuala Lumpur ne se résume quand même pas qu’à ces quartiers à la gloire de la visa gold, on y trouve également les valeurs sûres que sont les quartiers indiens et chinois, où un joyeux bordel règne toujours en maître, loin du monde aseptisé des vitrines « Vuitton ».

En chantier on vous dit

Il faut savoir qu’en Malaisie, ce sont les Malais qui détiennent le pouvoir politique. Pour le business, ce sont les chinois. Et de l’avis général, les indiens comptent les points.

Après Kuala Lumpur, on a mis le cap sur Melaka une ville chargée d’histoire, un carrefour du commerce des épices un peu comme kashgar l’était pour la soie. Melaka est une ville portuaire conquise dans un premier temps par les portugais. Par la suite, ce sont les hollandais qui ont mis la main dessus et pour finir les Anglais qui ont d’ailleurs pris soin de raser quasi intégralement tout ce que leurs collègues européens avaient érigés avant eux. La vieille ville est vraiment charmante, très colorée, piétonne et quand même vachement chinoise… On peut visiter pas mal d’églises dont la plus vieille, construite par les portugais, date du début du XVIe siècle. On trouve également mosquées et temples chinois bien « old school ». Amis cyclistes, si vous allez à Melaka, contactez Howard le tenancier du Ringo’s foyer Guest House, il vous accueillera bien généreusement ! Merci à lui !

Melaka

Durant notre séjour, Howard nous a d’ailleurs indiqué que le point le plus au sud du continent asiatique est au bout de la péninsule Malaise. Et oui, Singapour étant une île, ça ne compte pas. Notre côté esthète nous pousse donc à amener nos vélos jusqu’à ce point symbolique.

Et voilà, après avoir pris la photo au bout de la péninsule, nous n’avions plus d’excuses… Direction Singapour. Bon, le dernier passage frontière n’aura pas été le plus simple. On ne vous fait pas le détail mais sachez juste que si vous arrivez à vélo, ne prenez pas le pont à l’ouest, préférez celui au nord de Singapour.

Le point le plus au sud du continent Eurasiatique

SINGAPOUR ?! on est venu là à vélo… c’est pas beau ça ?! Moi (Anne ; et oui, je reprends  la plume de mon chéri) suis un peu sur-excitée dans le bus qui nous fait passer d’un poste à l’autre de la frontière ! Et oui, on a eu une zone de 10km un peu compliquée à franchir,    impossible de passer le pont à vélo.

Un peu de culture maintenant. Comme chacun le sait, Singapour est une ville-état ; appartenant précédemment à la Malaisie, elle a acquis son indépendance en 1965, après des révoltes inter-raciales (les malais ne voulaient plus des chinois, population majoritaire à Singapour). Son tout petit territoire et (donc) la quasi inexistence de ressources naturelles lui ont fait chercher des voix alternatives pour son économie… Les services bancaires et financiers pour commencer.  Singapour regroupe d’ailleurs la plus grande concentration de millionnaires au monde… et de Ferraris (quoi, les millionnaires ne roulent pas en Peugeot 106 ?!) !

Le cartier des affaires... Merrill lynch, HSBC, que du beau monde !

Le Marina bay sands

A propos de voitures : l’Etat ne tergiverse pas pour limiter le nombre de véhicules. C’est bien simple, comptez environ 80000 dollars (non, il n’y a pas de zéro en trop) votre licence pour avoir le droit de rouler, valable pendant 10 ans seulement. Plutôt dissuasif non ?!  C’est aussi le temple de la consommation et les malls voient les habitants désœuvrés du week-end déambuler dans ses galeries à l’affût des trucs nouveaux à mettre dans leurs placards…

Le commerce et la navigation. Et oui, la position stratégique de l’île en Asie en fait le 2e port mondial après ShangaÏ. On a pu admirer depuis le toit d’un building les milliers de containers de toutes les couleurs, attendant d’être expédiés dans un lointain pays.

Le tourisme est aussi en bonne position et offre de confortables rentrées au gouvernement. Parlons-en tiens du gouvernement. De ce qu’on a compris, il est du genre ultra autoritaire peu enclin aux discussions avec les partenaires sociaux, puritain, la presse est censurée, etc.

Singapour est fidèle à sa réputation : d’une propreté irréprochable et au top de la modernité. Le quartier des affaires et la Marina bay sont tout simplement spectaculaires ; c’est à qui construira le building le plus original, la tour la plus haute, etc. Le pied certainement pour les architectes. Franchement, c’est pas la route du Pamir, mais on est obligé de reconnaître que ça a sacrément de la gueule ! Un super plan pour avoir une belle vue d’ensemble de la ville : monter au 50ème étage du gigantesque condominium Pinnacle   (5$ par tête ; bâtiment 1G ; borne genre parc-mètre proche du Seven Eleven).

Singapour by night

Singapour est  aussi un melting-pot de populations : chinois, malais et indiens (pour l’essentiel) cohabitent paisiblement. L’Etat a d’ailleurs concédé à chacun un petit quartier populaire et exotique, au milieu de toutes ces tours de verre et d’acier ; pas vraiment par bienveillance, mais parce qu’il s’est rendu compte que ça attirait davantage les touristes ! On trouve donc encore de très jolies petites rues aux belles façades colorées et joliment sculptées, et toutes les odeurs qui vont bien, du cumin indien aux nouilles chinoises.

Toujours un pour glander

Joli quartier ancien sur fond de gratte ciel

Une chose qui nous a vraiment fait halluciner chez les Singapouriens, c’est leur addiction aux smart phones ou autres tablettes numériques, et la manière dont ils sont façonnés par ces concentrés de technologie. Chacun est hypnotisé par son petit écran (films, mails, news, jeux débiles, etc), personne ne se parle ni même ne se regarde ; on a d’ailleurs faillit rentrer en collision avec un paquet de monde à vélo ; des vrais autistes ! On se sent totalement étrangers à cette nouvelle mode ; le résultat de nos 12 mois de vie de nomades qui nous ont « décalé » par rapport au monde moderne ? Ou bien c’est lui qui a bougé si vite, et tous les métros du monde sont comme ça maintenant ? On verra ça sur Lyon…

Hallucinant cette addiction aux écran qu'on les gens ici

En tout cas, on a bien aimé notre petit séjour d’une semaine à Singapour, enrichi par la rencontre de nos hôtes ; merci à Charles (fils de Daniel de Vendée, l’un de nos plus fidèle follower) et à la super famille de Tim & Meraiah pour leur accueil et leur bons conseils.

Le 29 janvier 2014 à midi, nous voilà au superbe aéroport de Singapour ; ultra moderne, nickel, on peut encore faire du shopping jusqu’à la dernière heure passer sur le territoire. Et oui, ils ont mis un centre commercial de 2 étages, sous l’aéroport ! Benjamin est loin d’être ravi à l’idée de monter dans un avion mais on est heureux de rentrer chez nous. Les 16h de vol nous semblent bien longues (pourtant, on a mis un an pour faire le chemin inverse) et ankylosantes. Quand est-ce qu’on arriiiiive ??

Le 30, 5h45. Notre avion est posé sur le tarmac de Roissy. Ca y est, on est rentré !! On se regarde tous les 2 ; certes, il y a de la fatigue dans notre regard, mais autre chose… Curieusement, on dirait que la joie s’est un peu estompée pour laisser place au trouble et à une légère anxiété. Une parenthèse d’un an de vadrouille et de liberté est sur le point de se tourner, c’est pas rien quand même. Mais ces petits états d’âme sont vite volatilisés avec l’arrivée de nos amis Seb et Guenaelle, qui ont profité de notre absence pour se marier en douce, les salauds. Ils se sont quand même rattrapé en venant nous chercher (déjà, tout simplement !) en tenue de mariage… Heu c’est à dire, pas tout à fait en costume à queue de pie et en talons aiguilles blancs immaculés ; non pas vraiment ça… les images parlent d’elles-même ! Merci à vous les amis !!

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Puis on retrouve ma mère et la belle et grande maison familiale, le bon pain, le fromage… Quel plaisir ! On se remet du décalage horaire (et doucement d’une crève attrapée dans le dernier métro singapourien ultra-climatisé pour ma part) et on remonte les vélos pour notre retour sur Lyon. Le trajet presque finalisé nous semble au poil ; forêts, petits villages, sancerre et autre réjouissances papillaires…   On est prêt pour la dernière semaine d’aventure cyclopède  !

RDV dans environ 10j pour notre dernier billet !

12 Comments. Leave your Comment right now:

  1. by Danielle et Jean Pierre Guyot

    Bon retour sur notre bon vieux continent !
    merci de nous avoir fait partager vos images, vos émotions ,votre vécu sur tous ces pays traversés.
    repartez vite sur de nouveaux projets ,votre site va nous manquer .
    bises à vous deux
    Danielle et Jean Pierre

  2. by Daniel de Vendée

    C’est sûr, le style décapant de vos billets de voyage va nous manquer… vos photos également…
    16 575 km ça creuse… mais ça donne la patate.
    Bon retour à Lyon. On ne sera pas de la fête (trop loin).
    On a tout ce qu’il faut au frais.
    D & J

  3. by Anne & Benjamin

    Merci merci !

    Mais ne vous en faîtes pas trop, ce n’est pas la fin du site, des voyages, il y en aura d’autre !

  4. by Laurent

    Je ne sais que faire : vous féliciter ou vous reprocher de rentrer déjà et de ne plus pouvoir vous suivre…
    Je programme mon ordi pour une prochaine aventure le 2/2/2015 ? l’Amérique du Grand Nord au Sud du sud ?…
    C’était trop bon, Merci !
    LB

    • by Anne & Benjamin

      Merci Laurent !! Oui la traversée Nord Sud de l’Amérique doit bien envoyer aussi ; peut-être un jour… En attendant, faut bosser maintenant… ! Bise

  5. by Caroline K.

    A moi aussi votre site va manquer, c’est certain ! Merci d’avoir partagé avec nous cette petite tranche de vie, j’ai réellement voyager avec vous :-) Et qui sait, quand notre petite fille aura un peu grandit, on enfourchera nos vélos comme vous et on dépassera peut être les frontières de notre pays pour aller en découvrir d’autres… ça donne envie en tout cas !
    Très bon retour à vous deux, à ++ pour votre prochaine aventure ;-)
    Bien amicalement,
    Caro

  6. by Patrick

    Wahouuuuuuu, c’est le mot qui me vient en 1er.
    Je vous tire mon chapeau pour ce que vous venez de vivre et de nous faire partager. Mille merci.
    Vous pouvez écrire un livre sur cette aventure, je serai parmis les premiers à l’acheter.
    Bises à vous deux et à bientôt j’espère.
    Patrick

  7. by david

    Salut à vous deux!!
    C’est vrai, je suis d’accord avec tous les autres commentaires. Ils vont nous manquer vos postes avec vos superbes photos et vos impressions décapantes mais franches!!
    Mais j’espère recevoir encore de nombreux postes avec vos impressions maintenant sur votre retour chez vous et vos prochains voyage!!!
    Je confirme par contre que vous allez rencontrer de gros autistes geeks à souhait dans les métros!! Nous en Suisse, dans le métro à Lausanne, les gens ne se voient pas tellement ils sont plongés dans le monde virtuel!! Nous on a hâte de quitter ça et partir en itinérance!!
    Allez bon vent, bon retour à vous deux, bon courage pour le retour mais je pense que vous avez surmonté de plus grosses épreuves que celle-ci!!
    Malheureusement, nous ne pourrons pas être la à votre retour sur Lyon….
    Ciao!!
    David et Marie

  8. by Fred

    Merci pour vos récits mordants et drôles, et pour vos photos aussi.
    Quelle aventure! Faut vraiment qu’on se décide à partir nous aussi !
    Bravo et bon retour .
    Fred

  9. by Coulée Franz

    Vos commnetaires hauts en couleurs et vos photos commencent déjà à me manquer…
    Un tout grand merci de m’avoir fait rêver pendant presqu’un an!
    Nous nous sommes renconter par hazard et n’avons seulement discutés 20 min à l’entrée d’un caravanserail entre Konya et Goreme en mars dernier et depuis que nous sommes rentré en Belgique, j’attends chaque mois avec impatience, de lire votre belle aventure et voir vos superbes photos.
    Félicitation et 16575 mercis!
    Franz de Comblain-au-Pont en Belgique.

  10. by Renaudin Laura

    Bonjour à vous 2 et merci pour ce formidable voyage!

    J’ai découvert le voyage à vélo grâce à 4000km en tandem sur la côte est Australienne, puis chassé les blogs d’autres cyclo en attendant mon prochain départ ; le votre remporte sans conteste la palme de celui que j’ai le plus apprécié! Les photos sont magnifiques, les textes bien écrits et avec une bonne dose d’humour!
    Merci infiniment pour ce voyage par procuration!

    Laura

  11. We met on the road in Laos. Do you remember :) Happy to see that you guys made it to Singapore.

    Congratulations!!!

    Any other trips planned? :)

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